mardi 2 mai 2017

1795. CHÉNIER (Marie-Joseph) - Timoléon.


CHÉNIER (Marie-Joseph).

Timoléon, Tragédie en trois actes, avec des chœurs, Par Marie-Joseph Chénier, Député à la Convention nationale ; Musique de Méhul. Précédée d'une Ode sur la situation de la République durant l'Oligarchie de Robespierre et de ses Complices

Paris, Maradan - Desenne, 1795. 
[A Paris, / Chez Maradan, Libraire, rue du Cimetière André-/des-Arcs, n°. 9, / Et Desenne, Libraire, Maison Egalité, n° 1 et 2. / L'an troisième.]

In-8° broché sous papier dominoté d'époque, X, [1 bl.], [1 (personnages et acteurs)], 69, [1 bl.], [2 (catalogue du libraire)] p..

Bon exemplaire à toutes marges.

   Le théâtre de la République annonçait depuis longtemps, pour le 21 floréal an II (10 mai 1794), la première représentation d'une tragédie nouvelle de Chénier, Timoléon. Tout à coup cependant la pièce est retirée de l'affiche. Quel était le motif de ce brusque retrait ? On s'interrogeait avec mystère ; on répondait avec hésitation. Le motif, le voici : Timophane, frère de Timoléon, conspire contre la liberté de Corinthe, sa patrie. Il n'en fallait pas davantage pour alarmer l'ombrageuse susceptibilité de Robespierre. Un grand nombre de représentants, ses amis, avaient assisté à la répétition générale. Julien, de Toulouse, s'adressant à Chénier avec une extrême violence, lui avait dit : « Ta pièce n'est pas un manifeste de révolte ; mais cela ne m'étonne pas. Tu n'as jamais été qu'un contre-révolutionnaire. » Il fut donc enjoint aux comédiens de suspendre la représentation, que le Comité de salut public s'empressa d'interdire tout à fait. Chénier, dit-on, trembla pour sa tête ; mais il en fut quitte pour la peur.
   La mort du tyran devait ramener la pièce au théâtre, avec un sentiment de curiosité en plus. On dut être bien étonné qu'une tragédie aussi froide, un conspirateur aussi misérable que Timophane, eussent inspiré une pareille crainte. C'était de la part des écrivains une fâcheuse disposition de se placer toujours en présence des événements et d'y conformer leur langage. L'âme damnée de Timophane est Anticlès. C'est lui qui le pousse, qui fixe ses hésitations. C'est lui aussi qui propose, afin de mettre un terme aux discordes civiles, l'établissement d'un régime monarchique.
         Il faut qu'un magistrat, sage, actif, intrépide,
         Opposant aux partis une invisible égide,
         De tous les factieux confonde la fureur,
         Et que la liberté règne par la terreur.
   Jusqu'ici le dictateur n'avait rien à reprendre. Ces affreux principes étaient d'accord avec ses sentiments secrets ; mais Chénier n'avait posé l'objection que pour la détruire par une profession de foi républicaine, qu'il avait placée dans le bouche de Demariste, la mère de Timoléon et de Timophane.
         Tel est des oppresseurs le langage ordinaire.
         Je dénonce Anticlès. Républicaine et mère,
         J'ai le droit de parler pour arracher mon fils
         Au piége où l'entraînaient de perfides amis.
         La terreur, comprimant l'honnête homme abattu,
         Sèche l'humanité, fait taire la vertu.
         La tyrannie altière et de meurtres avides,
         D'un masque révéré couvrant son front livide,
         Usurpant sans pudeur le nom de liberté,
         Roule au sein de Corinthe un char ensanglanté.
         Au courage, au mérite, on déclare la guerre ;
         On déclare la paix aux tyrans de la terre ;
         Et la discorde impie, agitant ses flambeaux,
         Veut élever un trône au milieu des tombeaux.
         Le peuple ne veut plus ces indignes entraves.
        Songeons que la terreur ne fait que des esclaves,
         Et n'oublions jamais que, sans l'humanité,
         Il n'est point de loi juste, et point de liberté.
   C'était s'en souvenir un peu tard, mais enfin à tout péché miséricorde. C'était d'ailleurs le moment des conversions politiques. Quelques mois après, Chénier put impunément satisfaire son opinion et sa rancune :
         Peuple libre et vengé, lève ton front auguste,
         Toi qui de Timophane as puni l'attentat.
         Les lois étaient sans force, et son trépas est juste :
         Ton poignard a sauvé l'État.


Bibliographie :
   - Jauffret (E.), Le théâtre révolutionnaire (1788-1799), pp. 321-322.



80 euros (code de commande : 23908).


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