jeudi 1 juin 2017

1729. Gravure de la bataille de Malplaquet (11 septembre 1709).


HUCHTENBURG (Jan van).

Vuë et Representation de la Bataille de Mons ou de Malplaquet, donnée le 11 Septembre 1709.




   
Gravure extraite du volume I de l'ouvrage de Jean Dumont, baron de Carlscroon et de Jean Rousset de Missy : Histoire militaire du prince Eugene de Savoye, du prince et duc de Marlborough, et du prince de Nassau-Frise. Où l'on trouve un détail des principales Actions de la dernière Guerre, & des Batailles & Sièges commandez par ces trois Généraux, publié à La Haye, par Van der Kloot, Husson et Neaulme, en 1729.

Dimensions :
   - Image : 578 x 454 mm.
   - Feuille : 617 x 537 mm.



Relation de la bataille de Malplaquet extraite de « L'ancienne France. L'armée depuis le Moyen Âge jusqu'à la Révolution. Étude illustrée d'après les ouvrages de M. Paul Lacroix, sur le Moyen Âge, la Renaissance, le XVIIe et le XVIIIe siècle. Ouvrage orné de 165 gravures et d'une chromolithographie. » Paris, Didot, 1886 (pp.270-274) :

   Lorsqu'en 1709 Villars arriva sur la frontière de Flandre, à l'entrée du printemps, il fut effrayé de l'état où il trouva l'armée.
   « La misère était extrême, dit Sainte-Beuve : point d'habits, point d'armes, point de pain. Le pain surtout était l'inquiétude principale ; c'est à quoi Villars dut pourvoir tout d'abord et durant toute la campagne. Il n'y avait pas de magasins, et les subsistances n'arrivaient qu'au jour le jour ; on n'en avait pas d'assurées pour deux journées à l'avance, et ce n'était point la faute des intendants, mais le grain manquait dans tout le royaume, et la famine n'était pas seulement dans l'armée.
   « Imaginez-vous, écrivait Villars au ministre, l'horreur de voir une armée manquer de pain ! Il n'aété délivré aujourd'hui que le le soir, et encore fort tard. Hier, pour donner du pain aux brigades que je faisais marcher, j'ai fait jeûner celles qui restaient. Dans ces occasions, je passe dans les rangs, je caresse le soldat, je lui parle de manière à lui faire prendre patience, et j'ai eu la la consolation d'en entendre plusieurs fois dire : « Monsieur le maréchal a raison, il faut souffrir quelquefois... » D'autrefois ils se contentaient de plier les épaules et me regardaient d'un air de résignation qui m'attendrissait, sans plaintes ni murmures... C'est une merveille que la vertu et la fermeté du soldat à souffrir la faim. »
   Ce n'était pas le dénûment seul qui accablait les troupes : elles étaient démoralisées. Comme il arrive toujours à la suite d'une longue série de revers, elles n'avaient plus confiance ni en leurs chefs ni en elles-mêmes. Villars était le seul général qui pût la leur rendre. Loin de songer à prendre l'offensive, il manœuvra pendant plusieurs mois de façon à couvrir la frontière de l'Artois. Après la prise de Tournai, il jugea bien que les alliés cherchaient une bataille. Quoique toujours inférieur en force, il était mieux en état de la recevoir qu'au début de la campagne. Tandis qu'il n'avait sous ses ordres que 90,000 hommes avec 80 canons, le prince Eugène et le duc de Malborough, déjà vainqueurs à Hochstett et à Ramillies, comptaient 120,000 hommes d'excellentes troupes, Anglais, Hollandais et Allemands, et 120 pièces d'artillerie.
   Dans la nuit du 8 au 9 septembre, Villars, qui s'était d'abord replié sur Quiévrain, gagna au sud la chaussée de Bavay, afin d'occuper la trouée d'Aulnoye et de Malplaquet. L'armée française avait là une position très forte. Ses deux ailes, composées d'infanterie, tenaient, à droite, le bois de Lasnière, et à gauche, le bois du Sars ; de grands abattis d'arbres et des levées de terre la protégeaient de chaque côté, en se prolongeant devant le centre, petite plaine en pente vers laquelle montaient deux ravins et que fermait, en avant, la petite rivière de l'Hongneau. Les deux ailes se recourbaient comme les pointes d'un croissant sur ce centre, que garnissait le reste de l'infanterie ; en arrière, toute la cavalerie se déployait sur le plateau. C'était, selon les termes du rapport des alliés, tout ensemble une espèce de gueule infernale, un gouffre de feu, d'où il ne semblait pas qu'on pût approcher sans péril.
   Villars se chargea en personne de l'aile gauche ; il donna le commandement de la droite au vieux et brave maréchal de Boufflers, qui, bien que son ancien d'âge et de grade, était venu se mettre à sa disposition. « Le concert et l'intelligence étaient parfaits entre eux, fait observer Saint-Simon : l'un avec des manières de confiance et des égards toujours poussés au respect; l'autre, sans cesse soigneux d'admirer, de tout faire valoir, et, s'il avait quelque avis à ajouter, c'était avec les ménagements d'un subalterne honoré de la confiance de son supérieur. »
   Il existe deux relations de la bataille de Malplaquet, publiées sur le coup même de l'événement, l'une par le gouvernement français, l'autre par les alliés, et qui s'accordent sur les points principaux. D'après ce double document, nous pouvons tracer un tableau général de la journée.
   Le 11 septembre, le brouillard s'étant dissipé un peu avant huit heures, le canon commença à tirer, et une colonne de plusieurs bataillons de front attaqua vigoureusement la gauche; elle les reçut avec fermeté et les repoussa, à moitié détruits. Mais le feu continuel de ceux qui suivaient obligea les nôtres à céder, après une lutte opiniâtre de plus de deux heures. Villars, voyant ses troupes ébranlées et du terrain perdu, envoya chercher presque toute l'infanterie du centre, où il ne laissa que les gardes françaises et suisses, qui furent bientôt culbutées par une grande supériorité de nombre. Pour lui, il lança tout son monde contre l'ennemi et parvint à reconquérir le bois du Sars ; assailli une seconde fois par des troupes fraîches, il reperdit peu à peu la position qu'il venait de reprendre. Sa retraite était bien avancée lorsqu'il reçut un coup de fusil au genou, et l'excès de la douleur lui causa une défaillance qui dura jusqu'à ce qu'il eût été transporté sans connaissance au Quesnoy.
   À la droite, le combat fut très vif. Boufflers, après avoir repoussé vaillamment l'attaque de l'infanterie, dispersa également jusqu'à trois fois les nombreux escadrons qui se présentèrent et gagna beaucoup de terrain. La défaite du centre, le désastre de la gauche, la blessure de Villars, firent porter sur lui seul le poids de la journée. « Outré alors de se voir la victoire, qu'il tenait déjà, arrachée de la main, dit Saint-Simon, il se mit à inspirer de l'audace aux divisions de son aile par de courts propos en passant; et s'abandonnant à son courage, il chargea en personne si démesurément à la tête de tant d'escadrons et de bataillons que cela put passer pour incroyable. » Ses troupes l'imitèrent à l'envi; mais craignant de trop s'éloigner du reste de l'armée, sans nul avantage, il ne songea plus qu'à éviter le désordre et à faire une belle retraite. Le dernier épisode de cette fatale journée fut un fameux combat de cavalerie, « reprise qui dura longtemps et fut disputée têtes de chevaux contre têtes de chevaux ». A trois heures, tout était fini.
   Boufflers mit toute l'armée en quatre colonnes, deux d'infanterie de chaque côté le long du bois, la cavalerie au milieu dans la plaine, et se retira lentement sur Valenciennes et le Quesnoy, sans être inquiété, sans perdre ni prisonniers ni drapeaux, à peine quelques canons. Le champ était jonché de près de 30,000 morts ou mourants. On marchait sur les cadavres entassés, surtout au quartier des Hollandais. « On peut s'étonner, ajoute Voltaire, qu'une armée qui avait tué aux ennemis deux tiers plus de monde qu'elle n'en avait perdu n'essayât pas d'empêcher que ceux quin'avaient eu d'autre avantage que de coucher parmi leurs morts allassent faire le siège de Mons. Mais le nom de bataille perdue impose aux vaincus et les décourage. Les hommes ne font jamais tout ce qu'ils peuvent faire, et le soldat à qui l'on dit qu'il a été battu craint de l'être encore. »
   Du reste, tout l'effort des alliés se porta contre Mons, qui fut forcé de se rendre ; mais ils s'arrêtèrent là, et l'invasion de la Picardie fut abandonnée.



200 euros (code de commande : 24206).


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