vendredi 2 juin 2017

1836. FÉLIX DE LA MOTTE (Coralie de) - Les violettes.


FÉLIX DE LA MOTTE (Coralie de).

Les violettes, poésies, par Madame de Félix de La Motte (née Van Den Cruyce).

Bruxelles, Laurent, 1836.
[Bruxelles. / E. Laurent, Imprimeur-Éditeur. / 1836.]

In-12 sous plein cartonnage vert d'époque, [1 (faux-titre)], [1 bl.], [1 (titre)], [1 bl.], IV, 244 p., envoi de l'auteur.

On joint deux manuscrits :
  1° Sur la traite des nègres. 8 p.
  2° Le ciel du Nord. 3 p., daté du 12 mars 1838.



Notice de Laurence Brogniez :
   De père belge, Coralie van den Cruyce naît à Paris le 13 octobre 1796 dans une famille d'aristocrates. Épouse d'Eugène-Françoise-Auguste-Pompée de Félix de La Motte, officier de cavalerie également issu de la noblesse, elle se fait connaître en lisant ses vers dans les salons. Charles Potvin se souvient d'elle comme d'un « femme gracieuse, ouverte et coquette d'esprit, de relations faciles, prompte à la plaisanterie ou au caprice. ». Ce portrait correspond bien à l'image type de la femme du monde, passant de l'isolement du couvent où son éducation est axée sur la morale religieuse et les « bonnes manières », à l'espace privé du salon, où elle brille en société, certes, mais entre quatre murs. Pour vivre heureuse, la femme, mère de famille avant tout et maîtresse de maison doit vivre cachée. L'aspiration à la gloire et à la reconnaissance publique, entrant en contradiction avec le devoir de réserve et le respect des bienséances, ne peut en effet qu'entraîner une forme de réprobation sociale. Certains types de livres, comme les almanach et les keepsake qui pullulent à l'époque romantique, s'ouvrent toutefois à la production féminine. Les poèmes circulent dans ces albums que la « muse du département » (Balzac) tend à ses invités pour qu'ils y laissent quelques vers de circonstance.
   Si la tradition du salon, qui remonte au XVIIIe siècle, est bien implantée dans les milieux aisés, la vie littéraire en Belgique manque encore d'institutions susceptibles de lui assurer une véritable visibilité. Dans ce contexte, littérature et nationalisme sont étroitement liés. En publiant en 1834 une comédie en vers, Les orphelins de la grande armé, madame de Félix de la Motte signe une œuvre patriotique bien dans l'air du temps. On retrouve cette veine dans son premier recueil de vers, Les Violettes, en 183.6, qui suit de peu la publication des Primevères, d'André Van Hasselt, entérinant les débuts de la littérature belge en 1834. Dans ce volume, la citoyenne qui clame son amour pour la patrie voisine avec la mère qui berce ses enfants de tendres conseils moraux et d'encouragements à la piété. Dans un autre poème intitulé Bas-bleus, elle prend timidement la défense des femmes écrivains, en proie aux préjugés railleurs d'une critique antiféministe dont Barbey d'Aurevilly se fera plus tard le porte-parole.
   La poète reconnaît qu'« écrire est peut-être une erreur », mais se justifie en arguant que c'est une « erreur qui console ». Elle laisse entendre que la littérature, fût-ce sous forme d'un « timide opuscule », a une fonction régulatrice dans la vie confinée de la femme et l'aide à mieux supporter sa condition. Malgré ce plaidoyer, les poèmes de madame de Félix de la Motte n'ont rien de subversif : ils sont l'expression d'un conformisme conservateur, typique d'une femme bien née, consciente de ses devoirs familiaux et moraux.
   Dans son second recueil, Fictions et réalités, publié en 1848 par la Société des gens de lettres, on retrouve ses thèmes de prédilection : épanchements filiaux et conjugaux, exaltation du passé national à travers des évocations médiévales, piété et souci du sort des pauvres et des opprimés. Ce dernier thème, l'un des plus exploités dans la poésie féminine de l'époque, reflète les occupations charitables qui étaient celles des femmes issues des classes aisées : protection des enfants, soins aux malades, visites aux pauvres, etc. Le thème choisi par Coralie de Félix de la Motte, sur la traite des noirs, mis également à la mode par les romantiques, sera illustré par d'autres femmes poètes, ferventes lectrices de Victor Hugo, Lamartine ou Mérimée, comme madame Van Langendonck, par exemple. C'est un sujet qui avait déjà été abordé en 1785 par Olympe de Gouges, la promotrice française des droits de la femme, dans L'Esclavage des nègres ou l'Heureux naufrage, qui annonce cette tonalité à la fois humaniste et revendicatrice qu'allait prendre la pensée sociale des femmes au XIXe siècle. Faut-il voir alors dans la prise de position de la poète belge pour la cause abolitionniste l'expression d'une volonté de libération de la femme ? Sous sa plume, la dénonciation reste plutôt conventionnelle et fidèle aux modèles romantiques. Elle est représentative des émotions qu'on s'attend à voir éprouver par un cœur féminin, « naturellement » sensible à la souffrance d'autrui.
   Si la production de madame de Félix de la Motte ne brille pas par son originalité ni par sa fécondité, elle est emblématique de la littérature féminine de son temps et occupe une place non négligeable, comme pionnière, dans l'histoire des lettres belges. L'enfant au berceau, la pièce publiée dans l'Anthologie belge éditée par Godefroid Kurth et Amélie Struman-Picard, atteste son importance parmi les premiers littérateurs nationaux et fixe, par son contenu et son style, le modèle auquel se conformeront de nombreuses femmes poètes de la première moitié du XIXe siècle.
   Après sa maigre, mais remarquée contribution aux lettres, Coralie de Félix de la Motte s'éteint à Gheel le 27 juin 1858.


À propos des manuscrits :
   On trouve mention de la lecture à la tribune de la Société des Sciences, des arts et des Lettres du Hainaut, en 1837, d'une « pièce de vers dont Madame De Félix de la Motte a fait hommage à la Société, et qui a pour titre : La Traite des Noirs. Cette composition en trois parties (Le vaisseau négrierLa vente et la Prière de l'esclave noir) fut éditée dans le volume Société des Sciences, des Arts et des Lettres du Hainaut. 4me anniversaire de la fondation de la Société (Mons, Hoyois-Derely, 1837, pp. 23-31), puis dans le recueil Fictions et réalités, en 1848.
   Le ciel du Nord semble être une pièce totalement inédite.


Bibliographie :
   - Brogniez (Laurence), Van den Cruyce Coralie, Adèle (1796-1858), épouse de Félix de la Motte, dans Dictionnaire des femmes belges XIXe et XXe siècles, pp. 541-542.
   - Société des Sciences, des Arts et des Lettres du Hainaut. 4e anniversaire de la fondation de la Société [1837], p. 20.




150 euros (code de commande : 25574 - vendu).


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