samedi 3 juin 2017

1911. VICAIRE et BEAUCLAIR - Les Déliquescences. Poèmes décadents d'Adoré Floupette.


VICAIRE (Gabriel) et BEAUCLAIR (Henri).

Les Déliquescences. Poèmes décadents d'Adoré Floupette.

Paris, Crès, 1911.

In-12 plein maroquin rouge, dos à 5 nerfs marqués de pointillés dorés, entrenerfs à filets et pointillés dorés mosaïqués de petits rectangles de basane beige, auteurs et titre dorés dans les deuxième et troisième entrenerfs, date dorée en queue, plats encadrés d'un filet triple doré, filet doré sur les coupes, chasses ornées de filets et de motifs de feuillage dorés, tête dorée, couverture de papier gris-vert conservée (reliure signée Dubois d'Egnhien), 82 p., (collection « Les Maîtres du Livre », n° 1), un des 20 exemplaires numérotés sur Japon (n° 1).

Rare et en parfait état.


   Vers 1888, Georges Crès fit ses premiers pas dans le monde du livre chez le libraire Augustin Challamel et c'est en 1909 qu'il fonda sa librairie, place de la Sorbonne. En 1911 il fit paraître le premier volumes de la collection « Les Maîtres du Livre » (celui présenté ici). Pendant quatorze années, sous la direction d'Adolphe Van Bever, y furent publiées sous une forme très soignée et en tirage limité des œuvres inédites ou rares qui firent « les délices des bibliophiles ».

Un succès équivoque :
   Le 2 mai 1885, paraît une mince plaquette de dix-huit poèmes, tirée à cent dix exemplaires : Les Déliquescences attribuées à un certain Adoré Floupette. Malgré ce caractère confidentiel, les réactions dans la presse sont immédiates et nombreuses, à tel point que les vrais auteurs, Gabriel Vicaire et Henri Beauclair, semblèrent s'en inquiéter, et parlèrent du « succès extravagant » de leur « bambochinade sans prétention ». Dès le 17 mai, dans les colonnes de deux grands quotidiens, le Gil Blas et Le XIXe Siècle, Paul Arène et Gabriel d'Encre donnent des avis opposés. D'autres articles se succèdent jusqu'à la fin de l'année. La cacophonie des opinions, l'âpreté de la polémique surprennent. En fait, le recueil semble avoir fourni à des questions encore latentes, à des conflits sous-jacents, l'occasion de se cristalliser.
   En schématisant, on peut regrouper les avis exprimés sur Les Déliquescences en quatre catégories. Certains n'ont pas clairement distingué la parodie, et ironisent sur ce nouveau représentant des « modernistes » ou autres « sensationnistes ». D'autres au contraire, comme E. Rod, critiquent ce qu'ils estiment être une charge visant les créateurs nouveaux. D'aucuns apprécient une illustration amusée du décadentisme. Restent ceux qui, à l'instar de Champsaur, se félicitent d'une parodie réglant leur compte aux décadents.
   À dire vrai, peu de critiques s'y trompèrent. Le grave Gabriel d'Encre, du XIXe Siècle, a dut se mordre les doigts d'avoir pris la plaisanterie au sérieux et traité Floupette de « fanfaron d'abrutissement », de « poseur pour la névrose ». Mais on sent chez lui une hésitation ; pris d'un soupçon in extremis, il tente de se couvrir des mauvaises surprises et glisse à la fin de son article : « à moins que le blagueur ne se double d'un parodiste, et que Les Déliquescences soient pour les impressionnistes ce que Le Parnassiculet fut pour les parnassiens ? »
   Cette équivoque, on la retrouve partout à propos des Déliquescences : Lutèce, la revue qui a lancé et défendu la parodie, soutient Verlaine mais éreinte Mallarmé, publie Laforgue tout en le critiquant sévèrement, bref maugrée contre les audaces de la poésie nouvelle en même temps qu'elle lui donne la parole. Vicaire est le poète bien traditionnel des Émaux bressans, le chantre de la campagne franc-comtoise, c'est aussi l'un des plus fidèles amis de Verlaine. On peut donc s'interroger sur les intentions exactes qui ont présidé à la rédaction des Déliquescences, et par suite sur leur statut : pastiche, parodie, création à part entière ?
   Le mieux pour y voir clair est d'examiner les déclarations des auteurs, qui ont tenté à plusieurs reprises de préciser leurs intentions. Ils estiment avoir été parfaitement compris par Paul Arène, lui-même parodiste, qui parlait dans le Gil Blas d'« une imitation savante » pour laquelle « il est nécessaire d'aimer un peu ce qu'on raille. » Ils répliquent à Édouard Rod, qui leur reproche d'avoir ridiculisé les novateurs de la poésie, que « tout en conservant une estime profonde pour les vrais artistes qui cherchent, sans trouver toujours, Floupette a cru pouvoir blaguer légèrement, en bon camarade, ce qui chez eux lui semblait un tantinet ridicule. » Position délicate à tenir, dont l'ambiguïté est bien illustrée par le statut imprécis de leur créature : Floupette est un personnage, un poète décadent, sujet de la parodie. Mais c'est en tant que parodiste qu'il prend la parole pour défendre le recueil. On le charge de représenter en même temps le railleur et sa victime.

Bibliographie :
   - Jourde (Pierre), « Les Déliquescences » d'Adoré Floupette, ou l'imitation crée le modèle, dans Romantisme, 1992, volume 22, n° 75, pp. 13-20.
   - Fouché (Pascal), L'édition littéraire, 1914-1950, dans Histoire de l'édition française, t. IV, pp. 204-205.

   - Georges Crès (1875-1935), sur le site de l'IMEC (http://www.imec-archives.com/fonds/georges-cres/).





280 euros (code de commande : 25600).


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